Environnement humain

Église et Royauté

      Tout au long de sa vie à Etrépigny, Meslier voit les exactions, les injustices, la misère persister dans ses deux villages et aux alentours ce qui ne peut que le conforter dans l’entreprise  philosophique qu’il s’est fixée pour établir une société plus juste. Pour cela, il doit abattre la religion catholique et le pouvoir royal et féodal qui se sont ligués pour asservir le peuple. Et ces injustices le font parfois entrer dans de « saintes » colères lorsque, par exemple, le seigneur d’Etrépigny, arrogant et imbu de ses pouvoirs (il avait droit de haute et moyenne justice) dépasse les limites du supportable, d’où cette véhémence qui transpire souvent dans ses écrits.

 

      Contre toutes ces injustices et misères, qu’a fait Meslier et que pouvait-il faire de plus que son Mémoire incendiaire post-mortem dont il pensait bien qu’au moins un de ses exemplaires passerait à côté de la censure drastique¹ de son époque et serait divulgué? tout du moins sa Lettre à Messieurs les curés du voisinage d’Est(répigny) et à tous autres semblables Messieurs leurs confrères, lettre  jointe à son Mémoire lors de son décès.

 

Humanisme

      En humaniste qu’il fut, il tenta de soulager la misère de ses ouailles, plusieurs rapports d’ecclésiastiques et autres le souligneront après sa mort. Il ne fera pas payer bien souvent les bénéfices qu’il pouvait tirer de ses offices, ni les bancs de l’église à ses paroissiens. Il dut être très généreux envers les plus déshérités : on l’a dit, la liste de ses biens établie lors de sa succession bien diminuée en comparaison de celle de sa dotation en fin de séminaire en fait état. Et ce n’est pas par négligence  qu’elle le fut, Meslier, était un homme rigoureux et bon administrateur, la tenue de ses registres paroissiaux et ses rapports d’inspection en font état. Son héritage, sa parenté le refusera, il le destinait d’ailleurs à ses paroissiens.

      Il prit aussi le parti de ses paroissiens contre les brutalités du seigneur d’Etrépigny, Antoine de Toully, ce qui lui valut beaucoup de désagrément vis-à-vis de sa hiérarchie en 1716 et lui montra qu’il ne pouvait rien faire ouvertement de son vivant contre le pouvoir féodal.

      Meslier par ses prises de position dans son Mémoire en faveur des plus démunis, mais aussi des animaux et de la nature montre également sa grande sensibilité.

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      Si  Meslier, instruit grâce à ses études au séminaire et à son goût pour les études, a pu établir un si remarquable traité philosophique, politique et révolutionnaire, c’est aussi, d’une part, parce qu’il vécut dans tout ce contexte de misères du peuple laborieux et, d’autre part et avant tout, parce qu’il se révéla être, sa vie durant, un très grand humaniste.

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     1 –      » Il est également utile de rappeler qu’au XVIIIème siècle, l’impiété ouvertement affirmée était férocement punie et pouvait mener au bûcher, à la torture, aux mutilations ou aux galères à perpétuité. A cet égard, il est intéressant de rappeler qu’en 1766, 37 ans après le décès du curé Meslier, le chevalier de La Barre sera exécuté pour avoir été accusé, sans preuve, d’avoir dégradé une statue du Christ et être passé devant une procession sans enlever son couvre-chef. Il sera condamné à subir la torture ordinaire et extraordinaire pour dénoncer ses complices, à avoir le poing et la langue coupés, à être décapité et brûlé. » (tiré du livre Jean Meslier Curé d’Etrépigny, athée et révolutionnaire, p 24).
      Jean Meslier agissant ouvertement de son vivant aurait subi un sort semblable et son œuvre n’aurait jamais abouti. Sous la torture, il aurait même pu, sublime outrage, renier publiquement sa pensée.